Vous êtes attablé dans un winstub étoilé de Strasbourg. Le chef vient de vous présenter personnellement son interprétation du baeckeoffe aux trois viandes. Le sommelier a sélectionné un Gewurztraminer Vendanges Tardives du domaine Weinbach. L’instant est parfait.
Comment exprimer votre gratitude ?
En français, bien sûr. L’Alsace est française. Mais dans cette région où deux cultures s’enlacent depuis des siècles, glisser un mot d’alsacien transforme un remerciement banal en geste de connivence. Les Alsaciens y sont profondément sensibles.
Contenu
- 1 Merci vielmal : la formule qui ouvre les cœurs
- 2 Danke scheen : l’influence germanique
- 3 Vergelt’s Gott : la gratitude profonde
- 4 S’il vous plaît, en alsacien aussi
- 5 L’alsacien aujourd’hui : une langue précieuse
- 6 Contextes d’usage pour le voyageur exigeant
- 7 La prononciation : quelques repères
- 8 Répondre à un merci alsacien
- 9 Petit lexique alsacien pour voyageurs
- 10 Questions fréquentes
Merci vielmal : la formule qui ouvre les cœurs
Merci vielmal (prononcé « mèr-si fil-mal »). C’est l’expression la plus courante pour dire merci beaucoup en alsacien. Le mot « merci » vient du français. « Vielmal » signifie « beaucoup de fois », héritage germanique de cette langue pont entre deux mondes.
Cette hybridation résume l’alsacien tout entier. Ni tout à fait français, ni tout à fait allemand. Une langue à part, forgée par l’histoire, parlée avec fierté par ceux qui la maîtrisent encore.
Utilisez merci vielmal avec le vigneron qui vous fait visiter ses caves centenaires à Riquewihr. Avec le concierge de la Maison des Têtes à Colmar qui vous a réservé une table chez Olivier Nasti. Avec l’artisan chocolatier de Kaysersberg qui emballe vos achats avec une patience d’orfèvre.
Danke scheen : l’influence germanique
Danke scheen (prononcé « dan-ké cheu-n ») est la version alsacienne du « danke schön » allemand. La graphie diffère légèrement — scheen plutôt que schön — mais le sens est identique : merci bien, merci joliment.
Cette formule résonne particulièrement dans le nord de l’Alsace, vers Wissembourg et Haguenau, où l’influence germanique reste plus marquée. Dans les vignobles et les villages du sud, vers Mulhouse et le Sundgau, merci vielmal domine.
Les deux expressions coexistent partout. Choisir l’une ou l’autre ne constitue pas un impair. C’est simplement une question de sonorité, de moment, d’interlocuteur.

Vergelt’s Gott : la gratitude profonde
Il existe en alsacien une expression que vous n’entendrez plus guère, mais qui mérite d’être connue : Vergelt’s Gott (prononcé « fèr-guèlts got »).
Littéralement : « Que Dieu vous le rende ». C’est le merci des anciens, celui des générations d’avant-guerre, imprégné de cette religiosité discrète qui a longtemps marqué la région. L’expression s’emploie pour des bienfaits importants, des services rendus qui dépassent la simple courtoisie.
Aujourd’hui, vous ne l’utiliserez probablement pas. Mais si un Alsacien âgé vous la glisse, vous saurez qu’il vous témoigne une reconnaissance sincère, venue du fond de sa culture.
S’il vous plaît, en alsacien aussi
La politesse fonctionne en tandem. Merci appelle s’il vous plaît. En alsacien :
Bitte scheen (bi-té cheu-n) — s’il vous plaît, la forme standard
Wann’s blieft (van-ss blift) — s’il vous plaît, plus dialectal
Combiner les deux dans une interaction simple — bitte scheen pour demander, merci vielmal pour remercier — produit un effet remarquable. Vous montrez que vous avez fait l’effort de vous intéresser à la culture locale. Dans une région fière de son identité, c’est un passeport pour la sympathie.
L’alsacien aujourd’hui : une langue précieuse
Soyons francs : l’alsacien se meurt. Les études linguistiques sont formelles. Chaque génération compte moins de locuteurs que la précédente. Les enfants ne l’apprennent plus spontanément à la maison. Il faut désormais des associations, des cours, une volonté délibérée pour maintenir la flamme.
Cette fragilité rend chaque usage plus précieux. Quand un visiteur prononce quelques mots d’alsacien, il ne se contente pas d’être poli. Il participe, modestement, à la survie d’un patrimoine. Les Alsaciens le savent. Ils le sentent. Et leur reconnaissance dépasse de loin la simple courtoisie en retour.
Dans les établissements de prestige — hôtels, restaurants, domaines viticoles — le personnel est souvent surpris d’entendre un client s’essayer à l’alsacien. Agréablement surpris. Le merci vielmal déclenche presque toujours un sourire, parfois une conversation, souvent un service encore plus attentionné.
Contextes d’usage pour le voyageur exigeant
Dans les grandes maisons. L’Auberge de l’Ill à Illhaeusern. Le Chambard à Kaysersberg. Le Parc à Obernai. Ces tables mythiques cultivent l’excellence à la française mais restent profondément ancrées dans leur terroir. Un merci vielmal au chef qui vient saluer la salle, au sommelier qui a sublimé le repas, au voiturier qui ramène votre véhicule : autant de marques d’attention remarquées.
Chez les vignerons. La Route des Vins d’Alsace aligne des domaines d’exception. Trimbach, Hugel, Zind-Humbrecht, Josmeyer : ces noms font rêver les amateurs du monde entier. Lors d’une dégustation privée, conclure par un danke scheen sincère crée un lien que le seul français n’établit pas. Le vigneron partage son travail, sa passion, son histoire. Reconnaître cela dans sa langue, même maladroitement, honore l’échange.
Dans les marchés de Noël. Strasbourg, Colmar, Mulhouse : les marchés alsaciens de décembre attirent des millions de visiteurs. La foule est dense, l’atmosphère magique, les interactions brèves. Un merci vielmal au vendeur de bredele, au marchand de vin chaud, à l’artisan verrier : ces petits mots réchauffent autant que le glühwein.
Avec les artisans. Potiers de Soufflenheim, verriers de Meisenthal, tisserands du Pays de Hanau : l’Alsace perpétue des savoir-faire séculaires. Visiter ces ateliers, c’est entrer dans un monde de patience et de précision. Remercier en alsacien, c’est reconnaître la valeur de cette transmission.
La prononciation : quelques repères
L’alsacien n’est pas une langue uniforme. Il varie de village en village, de vallée en vallée. L’accent strasbourgeois diffère du mulhousien. Le dialecte de Wissembourg ne ressemble pas exactement à celui de Thann.
Rassurez-vous : ces nuances n’affectent pas les formules de base. Merci vielmal et danke scheen seront compris partout, prononcés de n’importe quelle façon.
Quelques conseils tout de même :
Le « ch » se prononce comme en allemand, proche du « r » français raclé au fond de la gorge, mais plus doux. Pensez au « ch » de « Bach ».
Le « ee » de scheen est un son long, entre le « eu » de « peu » et le « é » de « été ». Étirez légèrement.
Le « ie » de vielmal se prononce comme un « i » long. Fil-mal, pas fial-mal.
L’essentiel : n’ayez pas peur de vous lancer. Un alsacien approximatif vaut mieux qu’un silence. L’intention compte plus que la perfection.
Répondre à un merci alsacien
Si un Alsacien vous remercie en dialecte, vous pouvez répondre :
Bitte (bi-té) — je vous en prie, forme courte
Gern gescheh (guèrn gué-ché) — avec plaisir
Nix für unguat (nix fur oun-gouat) — il n’y a pas de quoi, pas de mal
Ces expressions ne sont pas indispensables. Un simple « de rien » français fera très bien l’affaire. Mais si vous voulez prolonger le jeu linguistique, elles sont là.
Petit lexique alsacien pour voyageurs
| Français | Alsacien | Prononciation |
|---|---|---|
| Merci beaucoup | Merci vielmal | mèr-si fil-mal |
| Merci bien | Danke scheen | dan-ké cheu-n |
| S’il vous plaît | Bitte scheen | bi-té cheu-n |
| Bonjour | Güete Tag | gué-té tak |
| Bonsoir | Güeten Owe | gué-tén o-vé |
| Au revoir | Uf Wiederluege | ouf vi-dèr-loué-gué |
| À votre santé | Gesundheit | gué-zound-haït |
| C’est bon / délicieux | ‘s isch güet | ss ich guét |
Questions fréquentes
L’alsacien est-il encore parlé couramment ?
De moins en moins. Les plus de 60 ans le pratiquent souvent. Les plus jeunes, rarement. Dans les villages viticoles, la transmission reste meilleure qu’en ville. Dans tous les cas, quelques mots de la part d’un visiteur seront accueillis avec un plaisir mêlé de nostalgie.
Vaut-il mieux parler alsacien ou allemand ?
Alsacien, sans hésiter. L’allemand est compris, mais l’Alsace entretient avec son voisin germanique une relation complexe, marquée par l’histoire. L’alsacien, lui, est perçu comme la vraie langue du terroir, distincte de l’allemand standard.
Peut-on se tromper en utilisant l’alsacien ?
Difficilement. Même une prononciation hasardeuse sera perçue comme une marque de respect. Personne ne vous jugera sur votre accent. On vous remerciera d’avoir essayé.
L’alsacien s’écrit-il ?
Oui, mais sans orthographe standardisée. Chaque auteur, chaque éditeur adopte ses propres conventions. Ne vous étonnez pas de voir le même mot écrit différemment selon les sources. C’est normal. C’est même une des richesses de cette langue orale avant tout.




